mercredi 17 février 2010

Je me marre

Alors dans les dernières campagnes de santé publiques genre "manger/bouger.fr" dont on nous rabat quotidiennement les oreilles à la radio en nous prenant vraiment pour des cons incapables de savoir comment il faut se nourrir... voici la campagne "3 produits laitiers par jour c'est magique" ! Ben voyons, et comme on est tous vraiment vraiment pas intelligents la campagne nous donne des suggestions pour parvenir à l'exploit tellement difficile de consommer 3 produits laitier par jour : un fromage blanc le matin, un yaourth au déjeuner, et des cubes de fromage à l'apéro du soir ! qu'ils disent ! Donc si j'ai bien compris, une campagne de santé publique c'est une campagne qui t'incite à prendre un apéro tous les soirs pour pouvoir consommer ta dose de produits laitiers ! Après tout mieux vaut une bonne cyrrhose plutôt qu'une ostéoporose, on est tous d'accord avec ça. Vive le lobbying du lait de vache en france, et la cyrrhose qui de toute évidence coûte moins cher à la sécu que l'ostéoporose....

mardi 16 février 2010

De mieux en mieux!

Bonjour tout le monde,
J'ai reçu hier la lettre de l'appel des appels et j'ai trouvé ça sur leur site en lien.
C'est carrément scandaleux, le petit monde de monsieur notre président a tout impunité.
Il va être de plus en plus difficile de dire ce que l'on pense. En plus de ça , quand on lui pose des questions sur ce qu'il n'a pas encore fait, il pense que ça le légitime pour se représenter en 2012.
NON! NON! en aucun cas, il ne faut pas qu'il repasse.


"Quand un politologue est assigné par un conseiller de Sarkozy", Tribune du bureau de l’Association des Enseignants et Chercheurs en Sciences Politiques, Libération, 15 février 2010
mardi 16 février 2010
Alain Garrigou, professeur de sciences politiques à l’université Paris-X-Nanterre, socio-historien du suffrage universel, vient de se voir assigner pour diffamation publique par l’un des conseillers politiques de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson. Ce dernier, qui est par ailleurs le dirigeant du cabinet d’études Publifact, lui reproche d’avoir tenu des propos diffamatoires dans une interview accordée à un journaliste de Libération le 6 novembre 2009.
Cette interview était intégrée à un dossier consacré à la consommation et aux usages que l’Elysée fait des sondages. Une phrase aurait particulièrement provoqué l’ire du conseiller du président de la République. Répondant à des questions du journaliste qui demandait ce que cela disait des listings de l’Elysée et du monde des sondages, Alain Garrigou répondait : « Pourquoi l’Elysée paie-t-il beaucoup plus cher en passant par lui (Patrick Buisson et Publifact) au lieu de les acheter (les sondages) à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy. »
Ainsi, Alain Garrigou s’est-il permis de répondre à un journaliste qui enquêtait sur les pratiques sondagières de l’Elysée et sur le niveau de crédibilité des études réalisées par l’entreprise OpinionWay. On notera que le ton employé par notre collègue était celui de l’oralité, et qu’il en aurait été tout autrement s’il s’était agi pour lui de s’exprimer dans une revue scientifique.
Cette plainte n’aurait pas attiré notre attention ni provoqué notre indignation si ce qu’elle révèle en creux ne portait pas atteinte à ce qui nous est le plus cher en tant que scientifiques et universitaires, à savoir la volonté de savoir et la démarche critique ; ce mauvais coup porté à l’un des nôtres, plus généralement, ne vaudrait pas non plus une heure de peine s’il n’illustrait et ne présageait pas en France de sérieuses menaces sur les sciences humaines et sociales.
D’une part, cette plainte entend sanctionner un spécialiste de la fabrique de l’opinion qu’un exégète des sondages, de toute évidence, ne veut pas entendre. Etonnant, au passage, quand on sait que les promoteurs de l’opinion par sondages, comme George Gallup (lire The Pulse of Democracy, 1940), avaient érigé cet outil en instrument de régénérescence de la démocratie. Le sondage, disait-on dès l’origine, est censé inoculer une plus grande transparence dans le débat public.
Par un curieux retour des choses, il semblerait que cet impératif de transparence ne puisse s’appliquer aux conditions d’élaboration, d’usage et de circulation desdits sondages. Aussi, par son dépôt de plainte, le conseiller à l’Elysée intime en fait à notre collègue l’ordre de se taire et, à l’avenir, de ne plus répondre aux sollicitations des journalistes d’investigation. Notons que le moyen de dissuasion est aussi efficace que sordide. Patrick Buisson ne réclame pas moins de 100 000 euros de dommages et intérêts, ce qui correspond à plusieurs années de salaires universitaires ! Il faut dorénavant redouter que la moindre plainte dissuade les politistes d’émettre des hypothèses sur les rapports éventuellement douteux entre responsables politiques et sondeurs. Or l’objet de la science politique, parmi bien d’autres terrains d’étude qu’elle s’est appropriés avec méthode et réflexion, consiste à comprendre quelle illusion peut commander éventuellement la gourmandise sondagière des gouvernants mais aussi par quels détours la vie politique se finance parfois.
Cette plainte, d’autre part, révèle toute la part d’imposture qu’il y a dans la position et le discours du plaignant. Ce dernier croit en effet devoir dire qu’il a pour lui notoriété et expertise pour attaquer en justice, ce qui le conduit alors à se déclarer « politologue ». Loin de nous l’idée d’interdire à chacun de s’autodéfinir au gré de ses fantaisies. Quoi qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de se revendiquer cardiologue pour la seule raison qu’il croit savoir interpréter les rythmes du cœur. Mais dans la polémique qui nous intéresse ici, le comble, pourrait-on dire, c’est que l’autoproclamé politologue, qui n’a jamais soutenu de thèse en science politique ni jamais mis les pieds en tant qu’intervenant dans un colloque français ou international de science politique, s’autorise à assigner en justice pour diffamation un enseignant chercheur reconnu par sa communauté scientifique. Cela suppose, quand on y réfléchit bien, que le conseiller politique à l’Elysée croit avoir suffisamment de connaissances politologiques pour dénier à son adversaire une compétence à émettre des hypothèses sur le mauvais usage qu’il fait des sondages. Son attaque judiciaire montre, en vérité, qu’il n’en est rien.
Max Weber disait que le responsable politique est celui qui a « le droit d’introduire ses doigts dans les rayons de la roue de l’histoire ». Le politiste contemporain ne changerait pas un mot à cette belle formule. Il laisse les politiques agir et proposer des visions du monde. Il n’a rien à dire des convictions politiques des uns et des autres. Par exemple, que Patrick Buisson ait été journaliste dans le journal d’extrême droite Minute, en ce cas, n’importe pas. Ses pairs jugeront, les électeurs de Nicolas Sarkozy trancheront éventuellement. On aimerait dès lors que les professionnels de la politique et leurs conseillers aient autant de respect envers les scientifiques et qu’ils ne s’aventurent pas à leur mettre des bâtons dans les roues quand ils sont au travail. Aussi longtemps qu’Alain Garrigou sera traîné en justice, il pourra compter sur le soutien de ses collègues politistes ainsi que sur celui de très nombreux scientifiques français et étrangers.

lundi 15 février 2010

THE PROBLEM IS UNDERSTANDING (slogan for the National Autistic Society's 40th year in 2002."

Bonjour, bonjour chers amis du Potager, Lisa n'a pas écrit depuis longtemps car elle a eu qques soucis au pays du bio avec OGMs ... Elle doit se trouver un autre carré où pousser .... En attendant, voici ce qui est arrivé à Laurel, mon "advocate" pour mon fils, elle-même maman d'un petit autiste de 10 ans. ça donne une idée de ce que ça peut parfois donner en lieu public. pour ma part j'ai résolu le problème en portant des badges qui disent des trucs comme "OUI mon fils est autiste, NON, vous n'avez pas à regarder ou faire des commentaires ... " ou bien "Mon fils est autiste, et vous quelle est votre excuse pour regarder ? ". Je sais ça a l'air un peu agressif mais lisez et vous verrez pourquoi au bout d'un moment on se sent le besoin de communiquer ainsi ...

I took my kids to the Cracker Barrel yesterday. A small treat to celebrate February vacation.
In a nutshell, I had prepared a social story/script for my 10 year old. He expected to have to give our name and wait (something lots of typical kids aren't great at!). He also expected that when our name got called, we would be seated. We checked in, letting them know there was a child w/ ASD in our party. We waited. Our name was called and we were told to follow a hostess, with menus in hand. All great, except there was NOT a table ready (there would not be for another 4 or 5 minutes which in "autism-time" is like 10 hours), and they told us to wait in front of a very hot fireplace, in a crowded restaurant. My kid, predictably, had a huge meltdown. He had major sensory overload thanks to the heat of the fire, he couldn't wait any longer, the manager, who had been told he had ASD, walked by us and said nothing, the hostess we were standing with, after I again reiterated "my child has autism and waiting is hard and I am sorry but you should not have called us until there was a table", could have cared less.
Customers started yelling at us about how poorly behaved he was and how "he needed a good spanking". Autism affects 1 in 91 children, yet the ignorance is amazing. (Remember, it's the Cracker Barrel, a "family-friendly, affordable" restaurant). The worst part was my daughters were so embarrassed by their brother, being a sibling a child with autism stinks sometimes. My kid was so upset (and, for 80 pounds, he is strong), I could not even carry him out to leave. There we were, stuck in front of a blazing fireplace, my kid hitting and kicking and screaming, and the management did NOTHING. Needless to say, actually the meal too stressful for him, When we were leaving, I was in tears and the cashier saw that and called a manager over. We promptly then got yelled at by people in line behind us to pay asking why they had to wait.
I have always tried to keep my child out in the community, despite the autism, despite the anxiety. I prepare him as best I can. Not that it matters, but I work in this field so don't think I am completely incompetent.
There is a website for feedback, If anyone would like to choose to contact the chain and let them know that they might want to consider doing so training for their staff.http://www.crackerbarrel.com/contact.cfm?doc_id=926
Clearly, I perhaps didn't do everything I should have/could have/would have, but feel free to forward this on with my name redacted, if you so choose. As a friend (Sue L.) with an adult child with autism has written often, "This moment of insanity is brought to you by Autism". That's how yesterday felt.
Take care and Happy Valentine's Day,Laurel

France inter ça dégénère

Salut les légumes !

Bon allez, je fais une petite tentative d'extirpation de mon état d'hibernation. Faut dire que France inter m'y a bien aidée, ce matin j'ai entendu une émission dans ma bagnole "comme on nous parle" avec un thème sur le couple. Plus précisément "en finir avec le couple" un bouquin coécrit par deux trentenaires qui estiment que le couple est quelque chose à bannir de nos vies, et qui offrent la méthode pour arrêter le couple comme on arrêterait de fumer.
"Why not?" me suis-je dit en entendant le thème de l'émission, que je me suis empressée de suivre afin d'entendre ce que proposent ces deux messieurs.
Grosse déception....: platitude, vide intersidéral, sont les seuls mots qui me viennent à l'esprit pour qualifier ce que j'ai entendu. Je me demande même pourquoi une émission a été consacrée à ce livre. Aucune argumentation pour expliquer pourquoi le couple serait à bannir. Aucune solution de "rechange" de proposée. Uniquement des affirmations comme quoi le couple n'existerait que par pression sociale, et serait une source d'enfermement et d'ennuis et uniquement ça. Aucun débat, aucune discussion, rien. Bref, deux mecs qui ont vécu des déboires personnels et ont découvert mais n'ont pas encore bien compris qu'ils sont névrosés comme tout le monde, décident de défoncer le couple parce qu'ils n'y ont pas trouvé leur compte eux-même. Voilà ma conclusion. Et france Inter gaspille un créneau pour parler de ça. Mais pauvres amis, ça va pas aller en s'arrangeant pour la france.....

Bon il paraît que le livre est drôle, c'était peut-être juste ça qu'il fallait dire : "allez lire "pour en finir avec le couple", et vous allez bien vous marrer !" mais juste ça....

lundi 25 janvier 2010

encore plus de légèreté

vous vous souvenez de régis ?...

lundi 4 janvier 2010

et pour plus de légèreté

Pour plus de légèreté, plongeons dans l'univers fantastique, des lanternes magiques !
Si ça vous intéresse voici un lien :

http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/lanterne-magique/presentation/plan-exposition.html

J'ai découvert ce week-end la cinémathèque de Paris, c'est un lieu génial ! L'exposition "lanternes magiques" nous apprend les origines du cinéma. Des images peintes sur plaques de verre, à la main avec une précision, une finesse, des couleurs magnifiques pour être projetées ensuite. Les tout premiers effets d'animation avec superposition de plaques, les premières colorisations de films à la main, la propagation par le biais de colporteurs en europe dans les villages d'images du monde, de scènes fantastiques, la subversion aussi, et l'ouverture que représentaient ces lanternes magiques, pour des gens qui n'accédaient souvent pas à la lecture, la religion opportuniste qui une fois de plus fustige l'instrument du diable et s'en saisit ensuite pour faire du prosélitisme. Extraordinaire voyage que cette exposition dans un autre temps.

vendredi 1 janvier 2010

Encore un bouquin à lire

suivez le lien :

désolée je n'arrive pas à l'insérer, faites un copier coller svp merci !

http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_nouvelle_raison_du_monde-9782707156822.html

vendredi 25 décembre 2009

Bonne année quand même....

www.appeldesappels.org

L’Appel des appels Un an après

Décembre 2009



Le malaise en France est bien là, profond, palpable. Misère sociale, crise financière et économique, détresse morale, impasse politique. Le gouvernement navigue entre cynisme et opportunisme. La caporalisation des esprits accompagne la petite musique néolibérale, invitant tout un chacun à la servitude sociale librement consentie de tous. Lorsque le peuple résiste à consentir, on le réquisitionne, on l’opprime, on le licencie, on le « casse », bref le Pouvoir renoue avec les principes premiers de la tyrannie : populisme pour tous et décision d’un seul.

Au nom de « l’efficacité » mesurable érigée en loi suprême, les réformes visent à enserrer les populations dans des dispositifs de contrôle qui les accompagnent du berceau à la tombe. Psychologisation, médicalisation et pédagogisation de l’existence se conjuguent pour fabriquer une « ressource humaine » performante. La sévère discipline d’une concurrence de tous contre tous impose à chacun de faire la preuve à tout instant de sa conformité aux standards de l’employabilité, de la productivité et de la flexibilité. L’idéologie d’une civilisation du profit s’insinue jusque dans les subjectivités convoquées à se vivre comme un « homo economicus », un « capital humain » en constante accumulation. Cette normalisation, à la fois polymorphe et monotone, suppose que tous les métiers qui ont souci de l’humain soient subordonnés d’une manière ou d’une autre aux valeurs de rentabilité et fassent la preuve comptable de leur compatibilité avec le langage des marchés financiers et commerciaux. Convertis en entreprises de coaching psychiatrique, de recyclage psychique, de gestion de l’intime, une trame fine de services d’accompagnement individualisé, forcément bien intentionnés, proposent de nouvelles tutelles sociales et culturelles pour mieux mettre les hommes en consonance immédiate avec les exigences impitoyables des marchés qui nous disciplinent. Cette conversion du service public en contrôle social à la fois souple, constant et généralisé suppose que tous ceux qui concevaient encore leur métier comme une relation, un espace et un temps réservés à des valeurs et à des principes étrangers au pouvoir politique et à l’impératif de profit doivent être eux-mêmes convertis par toute la série de réformes qui s’abat sur la justice, l’hôpital, l’école, la culture, la recherche, le travail social. Contrôler les contrôleurs des populations, normaliser les normalisateurs des subjectivités, c’est la condition indispensable du bouclage des sociétés. Lorsque cela ne suffit pas, c’est à la santé que l’on recourt pour alarmer les populations sans leur donner véritablement les moyens de la préserver : à propos de la pandémie récente des professeurs de médecine parlaient du « management par la panique ».

Comme la quête illimitée de la performance ne cesse de produire ses anormaux, ses exclus, ses inutiles et ses inefficaces, elle engendre un appareil répressif proliférant, à la mesure de la peur sociale et des paniques subjectives qu’elle provoque. L’auto-alimentation de la peur et de la répression paraît sans limites. Elle produit l’espoir suprêmement dangereux pour les libertés d’une société parfaitement sécurisée, dans laquelle serait repérée et éliminée de la naissance jusqu’à la mort la dangerosité de tout individu. L’homme indéfiniment traçable par la surveillance génétique, neuronale et numérique n’est plus une figure de science-fiction, c’est un programme scientifique et politique en plein développement. La société de demain sera animale ou ne sera pas ! N’est-ce pas d’ailleurs ce que dit la « science » sur les résultats de laquelle tous les « tyrans » font cuire leur petite soupe pour justifier leur Pouvoir sans avoir à le soumettre au débat politique : c’est la Nature ou le Marché qui veut ça et on ne peut pas faire autrement que de s’y prendre comme l’on peut. Avec la Neuro-économie d’ailleurs on sait bien que la Nature et le Marché c’est du pareil au même et que le Cerveau fonctionne comme un actionnaire et réciproquement ! Il reste à apporter cette « Bonne Nouvelle » aux populations qui l’ignorent encore et les « corps intermédiaires » sont « réquisitionnés » entre deux pandémies et deux « spectacles » au cours desquels on a pu vendre à Coca-Cola un peu de temps disponible ! Entre les deux scènes le « risque » encore le « risque », vous dis-je, menace l’apathie sereine des populations managées par la peur et distraites par la télécratie.

Magistrats, enseignants, universitaires, médecins, journalistes, écrivains, travailleurs sociaux, acteurs culturels, tous doivent plier devant de nouveaux préfets qui, au nom des « risques » divers et variés, normalisent et évaluent leurs pratiques professionnelles selon des critères idéologiques de contrôle social des populations et de conformisation des individus : nouveaux préfets de santé, les directeurs des Agences Régionales de Santé contrôlent non seulement les établissements hospitaliers, les réseaux sanitaires, mais absorbent également tout le secteur social. Nouveaux inspecteurs d’université, les experts des Agences d’Évaluation (AERES et ANR) visitent les laboratoires et les équipes de recherche pour vérifier qu’en matière de production scientifique ils obéissent bien à la politique de marque des publications anglosaxonnes. Ces nouveaux préfets du savoir, descendants des inspecteurs d’université créés par Napoléon Premier et des services de marketing publicitaire des industries de l’édition et de l’information scientifique vérifient que les acteurs de la production des connaissances courbent suffisamment l’échine sous le poids de leur nouvelle civilisation. Prônant la guerre de tous contre tous, ils chantent les louanges d’une performance d’autant plus proclamée qu’elle s’avère réellement inefficace. Pour les magistrats et les éducateurs, on supprime les relais intermédiaires et les procédures qui pouvaient potentiellement assurer leur indépendance. C’est le contenu même des programmes d’éducation et de soin, de justice, de recherche et d’information que l’on modifie en définissant de nouvelles formes par lesquelles ils s’exercent ou se transmettent. Comme le pouvoir actuel n’est pas à une contradiction près, les réformes qu’il impose peuvent dans le même mouvement désavouer les débats qu’il propose : on diminue l’importance de l’histoire et de la géographie au moment même où s’ouvre un soi-disant débat sur l’identité nationale !

Pour faire oublier les inégalités sociales redoublées et délibérées, la peur de l’étranger est attisée et exploitée sans vergogne. La traque au clandestin favorise les passions xénophobes, installe insidieusement des dispositifs de vidéosurveillance des populations et de traçabilité des individus. A partir de la traque des « anormaux » et des « illégaux », par la manipulation de l’opinion par la peur, par les effets d’annonces, avec des dispositifs de contrôle, le Pouvoir prépare insidieusement et obscurément le quadrillage en réseau des populations dites « normales » et « nationales ». Cette infiltration progressive du « cancer » sécuritaire s’exerce au nom des risques que feraient courir les terroristes étrangers, les schizophrènes dangereux, les pédophiles en cavale, et ces sans domicile fixe que nous risquons tous, plus ou moins, de devenir dans la construction d’un État néolibéral qui fait de chacun d’entre nous un intérimaire de l’existence et un intermittent de la Cité. C’est cette civilisation dont nous ne voulons pas que démonte secteur professionnel par secteur professionnel le mouvement de l’Appel des appels. Civilisation de la haine qui invite à traiter les hommes comme des choses et à faire de chacun le manageur solitaire de sa servitude sociale et le contrôleur de gestion de sa faillite citoyenne.



De l’asphyxie à l’insurrection des consciences
Face à l’irresponsabilité des gouvernements, l’insurrection des consciences s’étend. Désobéissance individuelle, protestations, grèves, contestations multiformes : le refus d’obtempérer est la réponse de tous ceux qui ne se résignent pas au monde de la guerre économique et à cette civilisation d’usurier qui « financiarise » les valeurs sociales et psychologiques et « calibre » les individus comme la Commission Européenne calibre les tomates.

Dans le cours de ce vaste et divers mouvement de refus, il y a un an l’Appel des appels était lancé. Au mensonge de réformes qui, partout, font pire quand elles prétendent améliorer, des dizaines de milliers de professionnels de multiples secteurs, depuis le soin jusqu’à la justice en passant par la culture, le travail social, l’éducation et la recherche, ont dit non. Non, il n’est nulle part écrit que la concurrence de tous contre tous, que le management de la performance, que la tyrannie de l’évaluation quantifiée doivent détruire les uns après les autres nos métiers et l’éthique du travail qui lui donne son sens. Non, il n’est écrit nulle part que les ravages provoqués par un capitalisme sans limites doivent se poursuivre de crise en crise et que l’idéologie de la rentabilité doive modifier jusque de l’intérieur toutes les institutions, surtout celles qui constituent les derniers remparts à la dictature absolue du profit. Non, il n’est écrit nulle part que nous devions rester isolés et désolés face aux désastres en cours dans le monde du travail et dans le lien social.

L’Appel des appels, un an plus tard, est connu comme un des points de ralliement, de croisement et de coordination des résistances. Le travail continue. Il est double : transversalité et réflexion commune. D’abord, établir des liens concrets entre des activités qui subissent toutes la même normalisation professionnelle. Cela se fait dans les comités locaux, et par toutes les alliances locales et nationales tissées entre associations, syndicats et collectifs. Ce qui lie dans ce que nous vivons est plus fort que ce qui sépare nos activités spécialisées.

Ensuite, approfondir la réflexion commune. L’Appel des appels, c’est désormais un premier livre collectif[1] qui propose des analyses précises des réformes et des politiques en cours, et qui tente une compréhension globale de la situation. Pas de lutte efficace possible si l’on ne saisit la particularité du moment, tel est le sens de l’ouvrage conçu comme un outil de transversalité et un point de départ possible d’un travail collectif mené par celles et ceux qui s’inscrivent dans la démarche de l’Appel des appels.

Ici, ce ne sont pas des « intellectuels » qui s’adressent à des « travailleurs ». Ce sont des professionnels qui forment un collectif de pensée et d’action, un « nous raisonnable » qui traverse les frontières des métiers et des disciplines. Intellectuels transversaux, plutôt que spécifiques, professionnels voulant exercer en toute connaissance de cause, tels se veulent les acteurs de ce mouvement à beaucoup d’égards original. Enoncée du cœur de nos métiers notre parole est citoyenne et c’est aux citoyens sans exclusive qu’elle s’adresse pour qu’en retour elle soit non seulement entendue mais encore relancée et redéfinie pour construire cet espace d’un dialogue dans l’espace public d’où émerge la démocratie.

L’Appel des appels, sa force, il la tient de notre conviction partagée que la division subjective et la division sociale ne peuvent être liquidées quels que soient les efforts déployés par les pouvoirs. Réduire aujourd’hui l’homme à l’unité de compte d’une anonyme « ressource humaine », à une force enrôlée dans la mobilisation générale au service de la performance et de la compétitivité, asservie par des dispositifs de management des plus sophistiqués et souvent des plus persécutifs, ne peut qu’engendrer souffrance, révolte sourde, éclats demain qui diront l’insupportable de la négation de l’humain et du social. Nul pouvoir technique, scientifique, économique, quelles que soient ses prétentions à l’instrumentalisation totalitaire, ne saurait supprimer le sujet et le conflit, acquis anthropologiques de la démocratie. C’est la raison de l’Appel des appels. C’est pourquoi, partout où nous sommes, nous ne céderons pas, nous refuserons l’humiliation et le mépris sans le demander pour l’autre. Pari difficile pour chacun d’entre nous, dont seul le « Nous raisonnable » constitue l’assurance que nous pouvons encore et encore le gagner, pas contre mais avec l’autre, à condition et à condition seulement d’autoriser, d’accueillir et de prendre soin du conflit. Faute de quoi la reproduction de l’espèce finira par anéantir son humanité.



Pour le Bureau de l’Appel des appels

Roland Gori et Christian Laval, Le 22 Décembre 2009



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[1] Roland Gori, Barbara Cassin, Christian Laval (sous la dir. de), 2009, L’Appel des appels Pour une insurrection des consciences. Paris : Mille et une nuits.